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“Many people praise and acknowledge the healing power of plants, but few people actually take action to prevent their extension by planting and conserving them for future generations.” (Ernest Rukangira )

Saturday, 14 December 2013

Etat actuel des plantes médicinales au Sénégal :


Etat  actuel des  plantes  médicinales  au  Sénégal :
conservation,  gestion  et  réhabilitation
Dr. Fatimata SY
ENDA  SANTE
DAKAR  1997


1 -                            SITUATION GENERALE

Au Sénégal on retrouve des écosystèmes arides et semi-arides, des écosystèmes fluviaux, marins, côtiers ainsi que des ressources végétales, hydrologiques et en sols. Cependant, la péjoration climatique actuelle marquée par une baisse de la pluviométrie et le raccourcissement de la saison des pluies a eu des incidences notoires sur l’état de la biodiversité. Parmi les causes de la perte de la biodiversité, on peut citer la sécheresse, les aménagements hydro agricoles mal maîtrisées, l’érosion éolienne et hydrique, la salinisation des terres, les feux de brousse, et j’en passe.
Ceci a conduit nombre de pays à mettre en place une politique nationale de reboisement. Des espèces à croissance rapide ont été plantées, mais les résultats n’ont pas répondu aux besoins réels des populations en matière de nutrition et de santé. En effet, dans un contexte de pauvreté de plus en plus confirmée, une majeure partie de la population africaine fait recours à la médecine traditionnelle et à la pharmacopée.
Pour mieux apprécier l’impact des plates médicinales dans les recours thérapeutiques des ménages sénégalais, une série d’études a été menée par ENDA entre 1988 et 1995. Les résultats de ces études ont montré l’utilisation effective de ces plantes chez certains ménages, et le souhait de les pratiquer au sein des autres. En effet :
-          selon l’enquête de 1988 portant sur 502 ménages de la région de Dakar, 55% de l’échantillon déclarait utiliser des remèdes traditionnels sous une forme ou une autres, ce recours se maintient même chez les personnes bénéficiant d’une assurance maladie ;
-          d’après celle de 1989 menée à l’intérieur du pays, les plantes médicinales étaient jugées plus efficaces que les médicaments pour la « jaunisse », les « maux de ventre » et la « fatigue générale ».
-          en 1995, une troisième étude effectuée dans la région de Dakar sur 665 ménages faisait ressortir que 49,3% de ceux ayant répondu ont acheté spontanément des plantes médicinales sur le marché, plantes qu’ils jugeaient efficaces et peu chères, et que par ailleurs 83% sont favorables à la mise en vente de plantes médicinales dans les pharmacies.
-          enfin, une enquête non publiée menée sur 5 marchés de Dakar en 1995 avait répertorié une liste de 95 plantes vendues, dont les principales parties utilisées de 80 d’entre elles sont les racines, les écorces et les tiges ; ce qui constitue une réelle menace de disparition de ces plantes.
ENDA TM, dont l’un des objectifs est de permettre l’accès aux soins du plus grand nombre, a initié depuis plusieurs années un programme de recherche action sur les plantes médicinales dont le choix a été motivé par l’intérêt de leurs indications en santé publique. Cette recherche est menée conjointement avec le Groupe de Recherche sur les Plantes Médicinales de l’Université de Dakar. Les résultats de ces travaux ont abouti à la confection de dossiers techniques ayant permis le début d’une phase de mise en vente de plantes médicinales conditionnées avec indications précises, mode d’emploi, posologie et contre indications.
Par ailleurs, la preuve scientifique de l’efficacité et de l’innocuité des plantes qui font l’objet de tant de recours, ainsi que la création de centres de médecine traditionnelle dans le pays, peuvent être considérées comme une incitation à l’exploitation d’une flore déjà largement éprouvée. En effet, les Professeurs Berhaut et Kerharo recensaient respectivement en 1967 dans la Flore et en 1971 dans la Pharmacopée sénégalaise traditionnelle, des milliers de plantes poussant au Sénégal. Aujourd’hui, il devient de plus en plus difficile de retrouver certaines de ces espèces.
Pour illustration, une mission d’identification et d’évaluation du potentiel sur les trois plantes ayant fait l’objet de production de tisanes, effectuée dans le pays entre novembre 1996 et février 1997, a révélé une quasi disparition de l’une d’entre elles, à savoir Cassia italica. Par ailleurs, la situation de la biodiversité végétale est très inquiétante dans la partie nord du pays, parce qu’on y retrouve plus actuellement que trois à quatre espèces dont la présence abondante prouve une désertification plus que poussée… Il s’agit essentiellement de Calotropis procra, Boscia senagalensis, Acacia radiana, Balanites aegipticana.
C’est pourquoi, conformément aux objectifs de la convention sur la biodiversité biologique, des services et projets nationaux ainsi que des ONGs, ont acquis une forte expérience dans la conservation in situ et ex situ des ressources biologiques de plus en plus menacées de dégradation, sous l’effet de divers facteurs naturels et anthropiques tels que cités plus haut.

2 -                         LA CONSERVATION IN SITU

Telle que définie par l’article 8 de la Convention Internationale sur la Diversité Biologique, la conservation in situ a pour finalité  « la conservation des écosystèmes et des habitats naturels et le maintient et la reconstitution de populations viables d’espèces dans leur milieu naturel, et dans le cas des espèces domestiques et cultivées, dans le milieu où se sont développés leurs caractères distinctifs ». Avant l’entrée en vigueur de la Convention, le Sénégal avait adopté une politique de conservation in situ matérialisée par la création d’un important réseau d’aires protégées comprenant :
-          6 parcs nationaux
-          6 réserves d’avifaune
-          3 réserves de biosphère
-          3 sites du patrimoine mondial
-          93 forêts classées
Il s’y ajoute la protection intégrale de certaines espèces animales et végétales par les populations locales dans le cadre traditionnel (interdits religieux ou tabous, lieux de culte, cimetières, bois sacrés).

3 -                         LES METHODES TRADITIONNELLES DE CONSEVATION IN SITU

Depuis les temps immémoriaux, certaines populations sénégalaises ont appliqué les principes de la conservation in situ dans leur terroir. En effet, par des principes acceptés et respectés de tous, certaines espèces animales ou végétales étaient intégralement protégées, soit isolément soit dans des endroits où seuls les initiés étaient autorisés à accéder. Parmi ces méthodes traditionnelles de conservation in situ on peut notamment citer :
-          la protection par les croyances (totems ou tabous)
-          les cimetières ou lieu de culte
-          les forets sacrées qui sont des espaces de 0,5 à plusieurs hectares ayant une valeur sacrée pour les populations parce que représentant des lieux de culte où les défrichements, les cultures, la coupe de bois et la récolte de produits forestiers sont formellement interdits. Cette méthode de gestion favorise la libre croissance de toutes les espèces ainsi que l’expression totale de leur potentielle génétique.
Ces méthodes de conservation in situ sont particulièrement vivaces dans les zones rurales. La protection des espèces et des espaces se matérialise par les principes suivantes :
-          interdiction d’abattage des arbres
-          interdiction du feu
-          jachère permanente
-          interdiction absolue de tuer les animaux
-          interdiction de récolte de fruits et autres parties des plantes
-          interdits alimentaires (sur la base de la religion ou de la tradition)
-          accès interdits pour les non initiés aux lieux de culte et forêts classées
On peut également mentionner la protection d’espèces remarquables (généralement des arbres entourés de mythe) dans pratiquement toutes les grandes agglomérations du Sénégal.

4 -                        NECESSAIRE IMPLICATION DES POPULATIONS LOCALES DANS TOUTE POLITIQUE DE CONSERVATION

La conservation in situ par le biais des aires protégées notamment a été assurée, jusqu’à une période récente, sans une réelle implication des populations riveraines de ces aires. Pire, ces populations ont été exclues de certaines de ces aires au moment de leur érection en Parcs Nationaux. Cette situation s’est traduite dans plusieurs cas par le déguerpissement des populations. Cette politique avait porté les germes de l’hostilité enregistrée entre les gestionnaires des Parcs Nationaux et les populations locales vivant dans les zones limitrophes de ceux-ci. Cette tendance a commencé à être inversée avec les recommandations de la Stratégie Mondiale de la Conservation (UICN, 1980), mais surtout avec celles du Congrès Mondial sur le Parcs Nationaux tenu à Bali (Indonésie) en 1982. Depuis, les populations locales riveraines des aires protégées sont étroitement associées à la gestion des zones périphériques avec des projets de développement durables basés sur la gestion et l’exploitation des ressources naturelles. En revanches, la conservation in situ au moyen de pratiques traditionnelles a toujours été l’affaire des populations locales elles-mêmes. Ces pratiques ont dans certains cas été formalisées pour renforcer leur application. C’est ainsi que des forêts sacrées ont été érigées en Parcs Nationaux avec l’accord des populations concernées.

5 -                         ENDA SANTE : ACTIONS, RESULTATS, PERSPECTIVES

D’après l’article 2 de la Convention sur la Biodiversité, la Conservation ex situ signifie « la conservation d’éléments constitutifs de la diversité biologique en dehors de leur milieu naturel ». Elle complète les actions de conservation in situ surtout lorsque ces dernières ne peuvent plus être pratiquées. Bien que la conservation ex situ ne puisse en aucune manière se substituer à la conservation in situ, elle offre l’avantage de permettre la sauvegarde d’espèces en péril ainsi que la sensibilisation du public sur la valeur et la signification da la diversité biologique. La conservation ex situ fournit par ailleurs des éléments pour les recherches scientifiques fondamentales et appliquées, nécessaires à l’amélioration des techniques de gestion.
Le Sénégal a développé une riche expérience en la matière par le biais des jardins botaniques, des parcs zoologiques, des jardins d’essai et des banques de gènes. ENDA consciente de l’importance de la valorisation des ressources locales dans la résolution des problèmes quotidiens des populations et, en particulier des problèmes de santé, a entrepris depuis 1988 un large programme de valorisation des plantes médicinales et de la médecine traditionnelle. Dans ce cadre, nous avons mis un accent particulier sur la présentation des espèces médicinales. Pour cela, nous
-          contribuons au développement du Jardin Expérimental des Plantes Utiles de la Faculté de médecine et de Pharmacie ;
-          effectuons des essais de culture sur les plantes médicinales ;
-          appuyons la vulgarisation et l’intégration des résultats de la recherche dans les activités quotidiennes des populations.
Le JEPU, initialement aménagé pour être un jardin d’essai avec quelques espèces qui avaient poussé spontanément : Andansonia digitata, Crataeva religiosa, Albizzia lebbeck, Annona glauca, Boscia senegalensis, Leucaena leucocephalla, Gorreria verticillata, et une vingtaine d’espèces introduites dont : Bauhinia rufescens, Erythrinasenegalensis, Olea europea, Ficus Carica, Calotropis procera, Combretum aculeatum, Psidium guajava, Acacia albida, Acacia senagal, est devenue en 1985 un jardin Expérimental de Plantes Utiles grâce à une importante subvention de ENDA TM et une mise à sa disposition de deux jardiniers. Ce jardin sert de lieu d’herborisation pour les étudiants en Pharmacie, Médecine Dentaire et ceux de l’Ecole Inter Etats des Sciences et Médecine Vétérinaire. Il couvre une superficie de 1,5 ha avec un sol de nature argilo-sableuse. On y trouve actuellement près de 400 espèces répertoriées. Le JEPU est composé :
-          d’un arboretum dont la partie Est est entretenue et le reste laissé naturellement pour les observation et herborisations ;
-          d’une case d’exposition ;
-          d’un bâtiment servant de magasin, de banque de semences et de bureau pour le conservateur ;
-          d’un jardin d’agrément proprement dit pour l’introduction des espèces, surtout menacées ou rares, avec dans sa partie Nord un plan d’eau où poussent quelques plantes aquatiques (Lotus sacré, Nénuphars, Jacinthe d’eau, Laitue d’eau, etc.)
Le JEPU a pour mission de mener des activités de :
-          multiplication des plantes utiles et médicinales en particulier ;
-          introduction de toutes les plantes ouest africaines et leur étiquetage afin que les étudiants, ainsi que toute autre personne intéressée, puissent les identifier et les reconnaître ;
-          conservation d’un herbier « in situ » des ressources végétales africaines ;
-          constitution d’un herbier de référence pour le laboratoire de botanique ;
-          production et vulgarisation des espèces médicinales utiles dans les opération nationales de reboisement ;
-          constitution d’une banque de semence et d’information sur les essais culturaux.
A ce niveau, les essais culturaux réalisés ont donné plus ou moins de réussite. Ces échecs étant dus à la proximité du jardin avec la mer, formant un écosystème différents par rapport au reste du pays. Les résultats ont néanmoins permis certaines observations qui ont servi à l’élargissement des essais à d’autres sites de la région de Dakar. Il s’agit d’un terrain de 1.200 m² situé dans la banlieue dakaroise. Les activités ont essentiellement concerné deux plantes à savoir Euphorbia hirta et Cassia italica. Pour chaque espèce et chaque mois, nous nous sommes intéressés aux paramètres suivants :
-          pourcentage de germination,
-          nombre de jours du semis à la levée,
-          nombre de jours du semis à la plantule,
-          nombre de jours du semis à la plante adulte,
-          nombre de jours du semis au début de floraison,
-          nombre de jours du semis au début de fructification.
Les résultats partiels de ces essais entamés en avril 1994 ont montré une aptitude de ces plantes à la culture. Quelques perturbations dans leur développement ont cependant été constatées en période de pluie et de froid. Forts de ces constats et des résultats obtenus suite aux diverses expériences, ENDA Santé et le GRPM ont décidé de freiner la cueillette sauvage en impliquant les populations dans la culture et la production des plantes médicinales.
Dans ce cadre, nous avons encadré de jeunes détenus pendant un an dans une prison de Dakar, dans laquelle l’administration pénitentiaire a bien voulu mettre à notre disposition un espace à cet effet. De très bons résultats ont été obtenus avec ces derniers, car leur récolte a permis d’approvisionner une partie de la phase expérimentale des tisanes. Par a suite, l’un des détenus libérés a réussi sa réinsertion sociale en exploitant cette activité. Trois groupements sont d’ores et déjà ciblés en fonction de leur situation géographiques et de l’adéquation de ces sites avec les plantes concernées par le programme. Cette démarche vise à installer chez les personnes un triple réflexe de :
-          reconnaissance des plantes médicinales,
-          préservation de la flore, et
-          utilisation de plantes sûres et efficaces.

6 -                        BIBLIOGRAPHIE

ENDA, « La consommation des médicaments à Dakar ; contribution à une politique des médicaments essentiels ». Dakar, Mars, 1988
ENDA, « Prescripteurs et utilisateurs de médicaments et plantes médicinales au Sénégal », Dakar, Mai 1990
ENDA Santé, « Connaissances/comportements des ménages en matière de consommation de médicaments et approche des circuits thérapeutiques dans la région de Dakar », Dakar, Juillet, 1995
FALL I., LO M. : Aménagement à la Faculté de Médecine et de Pharmacie d’un Jardin d’Expérimentation des Plantes Utiles (JEPU)


 

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